Pendant six ans, j’ai dit aux gens que des panneaux sur le toit finissaient par se payer. Je le disais la prime à l’autoconsommation dans une main et le tarif de rachat dans l’autre, et c’était juste. Ça ne l’est plus. L’arrêté du 1er juin 2026 a supprimé la prime et ramené le rachat du surplus à 1,1 centime le kilowattheure, contre 4 centimes depuis mars 2025 et 12,69 centimes avant ça. Sur le cas que je détaille plus bas, le temps de retour prend six ans d’un coup.
Le regret, c’est de ne pas avoir dit plus tôt à ces gens que l’autre famille de panneaux solaires existait. Celle qui fait de l’eau chaude et pas de l’électricité, dont aucun démarcheur ne t’appelle le soir. Elle, elle est toujours à MaPrimeRénov’, elle touche jusqu’à 4 000 € sur un chauffe-eau, et son reste à charge se rembourse en moins de dix ans.
Trois appareils portent le nom de panneau solaire
Ce qu’on te vend sous le mot « solaire » recouvre trois machines qui n’ont ni le même métier ni le même guichet.
| Famille | Produit | Aide en 2026 |
|---|---|---|
| Photovoltaïque | électricité | aucune |
| Thermique (CESI, SSC) | eau chaude | 2 000 à 10 000 € |
| Hybride (PVT) | les deux | 1 000 à 2 500 € |
Le panneau photovoltaïque transforme la lumière en électricité. Il n’a besoin d’aucune chaleur pour ça et produit encore par ciel gris, moins bien, mais il produit. C’est celui des démarcheurs, et celui dont l’aide vient de tomber.
Le capteur solaire thermique, lui, ne fait pas d’électricité. Un liquide circule derrière une vitre, chauffe, descend dans un ballon, et tu prends ta douche avec. Le chauffe-eau solaire individuel, le CESI, ne s’occupe que de l’eau chaude sanitaire ; le système solaire combiné, le SSC, alimente aussi les radiateurs. Pour l’administration, ce sont des équipements de chauffage, donc du ressort de MaPrimeRénov’.
Reste le panneau hybride, dit PVT : cellules photovoltaïques devant, échangeur derrière qui récupère la chaleur qu’elles perdent. Un seul module, deux régimes juridiques.
Rien de tout ça ne ressemble à un chauffe-eau thermodynamique, qui pompe la chaleur de l’air et ne voit jamais le soleil. Je lis cette confusion sur des devis tous les mois, et elle change le montant de l’aide du tout au tout.
Le photovoltaïque n’a plus de prime depuis le 5 juin 2026
L’arrêté du 1er juin 2026, publié au Journal officiel le 4 juin, a réécrit le soutien au solaire résidentiel. La prime à l’investissement disparaît, celle qui valait encore 720 € pour une installation de 9 kilowatts-crête. Rien ne la remplace.
Le tarif d’achat devient unique : 1,1 centime par kilowattheure hors taxe, revalorisé de 2 % par an sur les vingt ans du contrat. En vingtième année, tu seras payé 1,6 centime. À 9 kilowatts-crête ou moins, seule la vente du surplus reste possible, la vente en totalité ayant disparu à cette puissance. Et la production qui dépasse 1 600 kilowattheures par kilowatt-crête et par an n’est plus payée du tout.
La date qui décide est celle où Enedis reçoit ta demande complète de raccordement. Ni le devis ni la pose n’y changent rien. Déposée le 4 juin, la demande ouvrait encore les anciens droits ; déposée le 5, elle tombe sous le nouveau régime. Les installations déjà raccordées gardent leur contrat et leur tarif jusqu’à son terme, ce qui pose une autre question au bout de vingt ans.
Il reste deux avantages fiscaux. La TVA à 5,5 % sur une installation de 9 kilowatts-crête ou moins, sous conditions techniques, depuis le 1er octobre 2025. Et l’exonération d’impôt sur le revenu jusqu’à 3 kilowatts-crête, prévue à l’article 35 ter du code général des impôts. Avec un rachat à 1,1 centime, cette exonération porte sur des sommes qui tiennent dans un repas au restaurant.
Ce qu’un panneau solaire rapporte vraiment sur une maison
Prends une installation de 3 kilowatts-crête au centre de la France, 7 000 € posés, TVA réduite comprise. À 1 100 kilowattheures par kilowatt-crête, elle produit 3 300 kilowattheures par an. Sans pilotage particulier, un foyer en consomme sur place 35 % environ, soit 1 155 kilowattheures : au tarif réglementé du 1er août 2026, 0,2001 € le kilowattheure, ça fait 231 € d’électricité que tu n’achètes plus. Les 2 145 kilowattheures restants partent sur le réseau et te rapportent 24 €. Total : 255 € par an, et 27 ans pour rembourser les 7 000 €.
Le même dossier déposé début juin, sous l’ancien régime, sortait à 21 ans.
Ce qui déplace vraiment ce chiffre, c’est ta part autoconsommée. Décaler le ballon d’eau chaude et le lave-linge sur midi fait passer les 35 % à 50 % : 348 € par an, 20 ans de retour. Ajouter des panneaux sans changer tes habitudes fabrique du surplus payé 1,1 centime, autant dire rien. Le calcul ci-dessous prend tes chiffres à toi.
Retire encore l’onduleur, qui se remplace vers la douzième année et qu’aucune aide ne paie, et la batterie si on t’en propose une : elle reste taxée à 20 % et son calcul se fait à part. Mon estimation tombe à côté dans deux cas. Une maison de Provence bien orientée, où la production monte d’un quart. Et une maison vide toute la journée, où l’autoconsommation plafonne à 20 %.
Combien de panneaux, quelle puissance, quelle surface de toit
Un panneau de maison fait aujourd’hui 425 à 500 watts-crête pour deux mètres carrés environ, soit 220 à 250 watts-crête par mètre carré. Le watt-crête, ce fameux Wc des devis, mesure la puissance délivrée en conditions d’essai : plein soleil, 25 °C. Tu ne produiras jamais ça, c’est un étalon qui sert à comparer deux offres entre elles.
Compte donc 4 à 5 mètres carrés de toiture par kilowatt-crête. Trois kilowatts-crête, ce sont 6 à 7 panneaux sur 14 mètres carrés ; six kilowatts-crête, le double. La surface habitable n’entre pas dans ce calcul, contrairement à ce que suggère la question « combien de panneaux pour 130 m² ». Ce qui compte, c’est ta consommation d’électricité et la place disponible sur le bon pan de toit.
La règle de dimensionnement a changé avec l’arrêté. Tant que le surplus se vendait 12 centimes, prendre large se défendait. À 1,1 centime, chaque kilowatt-crête posé au-delà de ce que tu consommes te coûte plein pot et ne te rend rien. On dimensionne sur la consommation de journée, pas sur la surface du toit, et le calcul complet est ici.
Le chauffe-eau solaire, lui, garde MaPrimeRénov’
Le solaire thermique n’a jamais dépendu de la prime à l’autoconsommation ni du tarif de rachat. Il relève du chauffage, et le barème du parcours par geste n’a pas bougé : 4 000 € pour un chauffe-eau solaire chez un ménage aux ressources très modestes, 3 000 € chez les modestes, 2 000 € chez les intermédiaires, dans la limite de 7 000 € de dépense retenue. Un système solaire combiné monte à 10 000, 8 000 et 4 000 €, pour 16 000 € de dépense au plus.
Un chauffe-eau solaire couvre 50 à 70 % des besoins annuels en eau chaude, avec 2 à 3 mètres carrés de capteurs dans le sud, 4 à 6 dans le nord, et coûte 4 000 à 10 000 € posé. Imagine un foyer de quatre personnes dont le ballon électrique avale 2 800 kilowattheures par an. Le solaire en reprend 60 %, soit 336 € par an aux prix d’aujourd’hui. Sur une installation à 5 500 €, un ménage modeste touche 3 000 €, garde 2 500 € à sa charge, et les récupère en huit ans. Le même ménage, en photovoltaïque, en met vingt-sept.
Ce sont toujours les mêmes points qui coincent. Le logement doit avoir quinze ans révolus à la notification de la décision. Ce doit être ta résidence principale. Et l’installateur doit porter la qualification RGE du poste, Qualisol pour le thermique : un artisan QualiPV, qualifié pour le photovoltaïque, ne suffit pas pour ce dossier-là. Et si tes revenus dépassent le plafond violet, tu n’as droit à rien du tout : en métropole, le profil rose est exclu de ces postes en parcours par geste.
Le panneau hybride est la seule électricité solaire encore aidée
Un PVT à circulation de liquide reste inscrit au barème MaPrimeRénov’ au titre de sa partie thermique : 2 500 € pour un ménage aux ressources très modestes, 2 000 € pour les modestes, 1 000 € pour les intermédiaires, dans la limite de 4 000 € de dépense. C’est la seule façon d’obtenir aujourd’hui de l’argent public pour des modules qui produisent aussi du courant.
Ne saute pas dessus pour autant. Une installation hybride de 3 kilowatts-crête coûte 13 000 à 16 000 €, le double d’un photovoltaïque simple, pour une aide de 2 000 € et une production d’eau chaude inférieure à celle d’un vrai capteur thermique. L’aide ne rattrape pas l’écart de prix. Le PVT se défend sur une toiture courte, quand poser deux systèmes séparés ne passe pas, et il demande un artisan qualifié sur les deux tableaux.
Par où commencer quand tu pars de zéro
Regarde d’abord ce que tu payes, poste par poste. Ballon électrique et grosse facture d’eau chaude : le chauffe-eau solaire est la piste qui rapporte le plus vite. Pompe à chaleur ou chauffe-eau thermodynamique déjà en place : le solaire thermique fait doublon, et la question redevient celle du photovoltaïque.
Prends ensuite rendez-vous avec un conseiller France Rénov’, qui est gratuit, avant de recevoir un commercial chez toi. Les arguments des foires n’ont pas été réécrits depuis juin, et on te chiffrera encore un rendement qui n’existe plus. Un devis de 2026 qui mentionne la prime à l’autoconsommation t’apprend surtout quelque chose sur celui qui l’a rédigé.
Et ne signe rien avant d’avoir déposé ce qui doit l’être. Côté MaPrimeRénov’, l’ordre des opérations décide de l’aide entière ; côté photovoltaïque, c’est la demande de raccordement qui fige ton tarif pour vingt ans. Les deux calendriers sont indépendants, et rater l’un ne se rattrape pas sur l’autre.