Un voisin est passé en avril avec deux devis pour la même maison : une pompe à chaleur d’un côté, six fenêtres de l’autre, la même entreprise sur les deux papiers. Sa question tenait en une phrase. « Elle est RGE, donc j’ai l’aide sur les deux ? » Non. Elle était RGE pompe à chaleur. Sur les fenêtres, elle ne l’était pas, et cette moitié-là du projet ne rapportait rien.
La qualification RGE s’accorde poste par poste, par un organisme, pour quatre ans au maximum, et se vérifie par un contrôle sur un chantier réel. Elle ne fonctionne donc pas comme un badge que l’entreprise porte ou ne porte pas. Tant que tu ne sais pas pour quelle catégorie de travaux ton artisan la détient, tu ne sais rien de ce que ton dossier vaut.
17catégories de travaux, qualifiées séparément
4 ansla durée maximale d'une qualification
55 000entreprises RGE recensées en 2025
Une qualification par catégorie de travaux, pas un label d’entreprise
Le décret du 16 juillet 2014 découpe la rénovation énergétique en dix-sept catégories de travaux. Chaudière performante, solaire thermique, chaudière bois, poêle, pompe à chaleur de chauffage, pompe à chaleur pour l’eau chaude, émetteurs électriques, ventilation mécanique, fenêtres et portes, fenêtres de toit, isolation par l’intérieur, isolation par l’extérieur, toitures-terrasses, planchers de combles perdus, planchers sur local non chauffé, géothermie, bouquet de travaux. Une entreprise demande sa qualification pour une catégorie ou pour plusieurs, et elle l’obtient pour celles-là seulement.
Le décret va jusqu’au bout de sa logique, et c’est la phrase qui coûte cher : quand une même entreprise réalise plusieurs travaux, seuls ceux qui relèvent des catégories pour lesquelles elle détient le signe de qualité ouvrent droit à l’aide. Un devis mixte se coupe donc en deux au moment de l’instruction. La partie couverte passe, l’autre reste à ta charge, et tu ne l’apprends pas au dépôt : tu l’apprends au calcul du montant.
Cinq organismes délivrent ces qualifications. Qualibat, Qualit’EnR avec ses marques par métier, Qualifelec du côté des qualifications ; Certibat et Cerqual du côté des certifications. Chacun est agréé par l’État ou lié à lui par convention, et chacun n’ouvre pas les mêmes catégories. Un artisan peut même en détenir chez deux organismes à la fois. Le logo importe donc moins que le domaine couvert, et ce domaine se lit dans le détail : quelle qualification pour quels travaux.
Ce que le RGE ne garantit pas de ton chantier
Il conditionne l’argent. Il ne certifie pas la pose que tu vas recevoir. Le contrôle qui fonde la qualification a porté sur un chantier antérieur, tiré au sort, chez quelqu’un d’autre. Le tien, personne ne l’a vu.
Ce que la qualification t’apporte est plus modeste que ce qu’on te vend au téléphone. L’entreprise a désigné un responsable technique dont les connaissances ont été éprouvées. Elle a présenté des chantiers documentés. Elle a fourni une attestation de sinistralité de son assureur sur quatre ans. Elle ne peut pas sous-traiter au-delà d’un seuil fixé par l’organisme, entre 30 et 50 % du chiffre d’affaires de pose, et son sous-traitant doit lui-même être qualifié pour ces travaux-là.
Ce qu’elle ne remplace pas : l’attestation d’assurance décennale en cours de validité, qui est un papier distinct à réclamer avant de signer. Ni le prix, sur lequel le RGE n’a aucun effet. Ni ta propre lecture du devis, parce que la plupart des devis qui tournent mal sortent d’entreprises parfaitement qualifiées.
Comment un artisan obtient sa qualification, et ce qui la lui retire
Pour une catégorie donnée, l’entreprise présente au moins deux chantiers achevés dans les quarante-huit derniers mois, avec le devis détaillé, la facture détaillée et l’attestation de satisfaction du client. L’organisme les contrôle sur pièces et interroge des clients par sondage. Une entreprise qui n’a aucune référence n’est pas recalée pour autant : elle reçoit une qualification probatoire, plafonnée à deux ans. Elle est donc RGE sans avoir jamais fait le chantier, et rien sur le devis ne te le dira.
Le responsable technique est désigné par établissement. S’il part et n’est pas remplacé dans les six mois, la qualification peut être suspendue. Elle vaut quatre ans au maximum, et son renouvellement passe par un nouveau contrôle sur chantier.
L’audit de chantier, et pourquoi six postes en subissent deux
Pendant sa période de qualification, l’entreprise se soumet à un ou plusieurs contrôles de réalisation. Un chantier en cours ou terminé depuis moins de vingt-quatre mois, évalué selon les règles de l’art et des grilles d’audit publiées poste par poste. C’est le seul moment où quelqu’un monte vraiment dans des combles pour regarder ce qui a été posé.
Le nombre de contrôles dépend de ce que l’entreprise fait. Les travaux sont rangés en deux familles, chauffage d’un côté, isolation de l’autre, et six catégories sont désignées comme critiques : les appareils de chauffage au bois, hydrauliques comme indépendants, les pompes à chaleur de chauffage, celles dédiées à l’eau chaude, l’isolation des planchers de combles perdus et celle des planchers sur local non chauffé. Sur une catégorie critique, c’est deux contrôles, dont un dans les vingt-quatre premiers mois. Sur les autres, un seul.
| Travaux qualifiés | Famille | Contrôles sur chantier |
|---|---|---|
| Chaudière bois, poêle, PAC de chauffage, PAC eau chaude | chauffage et eau chaude | 2, dont 1 dans les 24 premiers mois |
| Chaudière gaz, solaire thermique, émetteurs électriques, ventilation | chauffage et eau chaude | 1, dans les 24 premiers mois |
| Planchers de combles perdus, planchers sur local non chauffé | isolation | 2, dont 1 dans les 24 premiers mois |
| Fenêtres, murs, rampants, toitures-terrasses | isolation | 1, dans les 24 premiers mois |
Regarde la liste de ces six postes : ce sont ceux qui ont porté les offres à un euro, le démarchage téléphonique et les campagnes de pose en série. L’administration a doublé la surveillance là où l’argent partait le plus vite.
La sélection du chantier a sa faiblesse. C’est l’entreprise qui déclare cinq chantiers par catégorie, et l’organisme qui en tire un au sort dans cette liste. Deux suffisent quand elle justifie de ne pas en avoir cinq. Le tirage est aléatoire à l’intérieur d’un échantillon que l’entreprise a composé elle-même.
Quand un contrôle relève une non-conformité majeure, l’organisme déclenche des contrôles supplémentaires. Et si une sanction tombe, les autres organismes chez qui l’entreprise détient des qualifications déclenchent à leur tour un contrôle sur leurs propres catégories. Une entreprise ne perd donc pas son RGE d’un coup : elle le perd par domaine, et le mouvement peut se propager d’un organisme à l’autre.
À quelle date la qualification doit être valide
C’est la question qui fait tomber le plus de dossiers dans mon ancien bureau, et la réponse n’est pas la même selon l’aide.
Pour MaPrimeRénov’, l’Anah demande que l’entreprise soit qualifiée au moment du dépôt de la demande et au moment où les travaux sont réalisés. Deux dates, pas une. Pour une prime CEE, c’est la date d’engagement des travaux qui compte, autrement dit la signature du devis : une qualification qui expire ensuite ne fait pas tomber la prime.
Cette différence explique la moitié des réponses contradictoires qu’on entend au téléphone. Elle explique aussi pourquoi il faut regarder la date de fin sur le certificat, pas seulement sa présence. Un artisan qualifié jusqu’en novembre qui pose en janvier, ce n’est pas le même dossier selon l’aide que tu vises. Ce cas précis a ses règles, et il vaut le détour. Toutes les aides n’exigent d’ailleurs pas le RGE : celles qui s’en passent existent, elles sont juste rarement les plus généreuses.
Vérifier qu’un artisan est RGE pour tes travaux à toi
Dix minutes suffisent, à condition de faire les trois choses dans l’ordre.
Commence par l’annuaire des professionnels RGE de France Rénov’. Tu y cherches l’entreprise, et tu regardes quelles catégories apparaissent en face de son nom. Pas si elle apparaît : lesquelles.
Demande ensuite le certificat, en fichier ou en photocopie. Tu y trouves une raison sociale, un numéro SIRET, la liste des domaines couverts, une date d’effet et une date d’échéance. Le SIRET est le point sensible, parce qu’il désigne un établissement et pas un groupe. Une maison mère qualifiée dont l’agence locale ne l’est pas, ça existe, et le devis porte alors le SIRET de l’agence.
Le recoupement termine le travail. Le SIRET du certificat doit être celui du devis, le domaine coché doit correspondre aux travaux du devis, et l’échéance doit couvrir tes dates. Quand l’annuaire et le certificat se contredisent, appelle l’organisme inscrit sur le certificat : les bases mettent du temps à refléter une qualification neuve, et une absence à l’annuaire n’est pas toujours une absence de qualification.
Par où commencer si tu pars de zéro
Un artisan RGE se cherche pour un poste précis, jamais dans l’absolu. Et l’ordre des opérations te fera gagner plus d’argent que le choix de l’entreprise.
Commence par savoir quels travaux tu vises et dans quel ordre les enchaîner. Regarde ensuite quelles aides couvrent ces travaux-là, puisque ce sont elles qui décident si le RGE est exigé. Puis demande trois devis à des entreprises que tu as vérifiées, et ne signe rien avant d’avoir déposé : signer trop tôt annule l’aide plus sûrement qu’un artisan mal qualifié.
Le RGE est un filtre à l’entrée. Il te dit qui a le droit de te faire toucher l’aide, il ne te dit rien de ce que tu recevras. La suite se joue sur le devis que tu auras su lire, sur le procès-verbal de réception que tu signeras à la fin du chantier, et sur les papiers que tu auras gardés le jour où quelque chose se fissure.