On répète partout qu’une étiquette de DPE ne bouge qu’après des travaux. C’est faux depuis le 1er janvier 2026. Ce jour-là, sans qu’un mur soit ouvert nulle part, des centaines de milliers de logements ont gagné une lettre : un arrêté du 13 août 2025 a changé la façon de convertir les kilowattheures d’électricité. Le ministère annonce 850 000 logements sortis du statut de passoire. Le collectif d’associations qui s’est opposé à la réforme en compte 1,2 million. Les deux chiffres circulent, aucun n’est vérifiable de ton salon, et ça ne change rien à ce qui te concerne : ta lettre a peut-être bougé, et personne ne t’a prévenu.
Ce papier a arrêté d’être une formalité de notaire. Il décide aujourd’hui si tu as le droit de louer, ce que tu dois payer avant de vendre, et à quelle aide tu peux prétendre pour tes travaux. Une lettre sur une page, et trois portes qui s’ouvrent ou se ferment.
Ce que le DPE mesure, et les factures qu’il ne regarde jamais
Le diagnostiqueur ne te demande pas tes factures. S’il te les demande, c’est pour comprendre ton installation, pas pour calculer ta note.
Ce qu’il relève, c’est le bâti : surfaces, orientations, épaisseurs d’isolant quand il les voit, type de menuiseries, année de la chaudière, présence d’une VMC. Il entre tout ça dans un moteur de calcul, la méthode 3CL, qui fait tourner le logement avec un scénario d’occupation standard. Dix-neuf degrés dans les pièces principales, une famille type, une météo de référence. Cinq usages entrent dans le résultat : le chauffage, l’eau chaude sanitaire, le refroidissement, la ventilation, l’éclairage.
Ton lave-linge n’y est pas. Ta plaque de cuisson non plus, ni le congélateur du garage, ni les écrans. Un écart énorme entre ta facture et le chiffre du DPE est donc normal, dans les deux sens : quelqu’un qui chauffe à 17 °C et ferme les volets consommera moins que son étiquette, un couple qui vit à 22 °C consommera plus. J’ai vu des propriétaires appeler leur diagnostiqueur en colère avec leurs relevés en main. Ils avaient tort sur le principe, et parfois raison sur le fond : deux maisons voisines identiques ressortent régulièrement avec deux lettres différentes, et c’est presque toujours une donnée saisie autrement.
Les deux étiquettes du DPE, et celle qui te donne ta lettre
Un DPE n’a pas une étiquette, il en a deux. Celle de gauche compte l’énergie, en kilowattheures d’énergie primaire par mètre carré et par an. Celle de droite compte le climat, en kilogrammes de CO2 par mètre carré et par an. Les deux vont de A à G.
Ta classe, c’est la plus mauvaise des deux. Toujours.
| Classe | Énergie, en kWh/m²/an | Climat, en kg CO2/m²/an |
|---|---|---|
| A | jusqu’à 70 | jusqu’à 6 |
| B | 71 à 110 | 7 à 11 |
| C | 111 à 180 | 12 à 30 |
| D | 181 à 250 | 31 à 50 |
| E | 251 à 330 | 51 à 70 |
| F | 331 à 420 | 71 à 100 |
| G | au-delà de 420 | au-delà de 100 |
L’exemple qui revient le plus dans mes anciens dossiers, c’est le fioul. Une maison correctement isolée sort à 240 kWh/m²/an, ce qui la place en D côté énergie. Son fioul lui vaut 62 kg de CO2 au mètre carré, ce qui la place en E côté climat. Elle est classée E. Le propriétaire regarde la colonne de gauche, se croit en D, et découvre son vrai classement le jour où il veut louer.
D’où sortent les kWh/m²/an, et pourquoi ils ont baissé en 2026
Ton compteur mesure de l’énergie finale. Le DPE, lui, raisonne en énergie primaire, c’est-à-dire en comptant ce qu’il a fallu produire et transporter pour t’amener ce kilowattheure. Pour le gaz, le fioul, le bois, les deux se confondent : le coefficient vaut 1. Pour l’électricité, il a beaucoup bougé. Il était à 2,58 jusqu’en 2022, il est passé à 2,3, et il est à 1,9 depuis le 1er janvier 2026.
Prends une maison de 100 m² tout électrique, qui brûle 8 000 kWh par an au compteur sur les usages du DPE. Ça fait 80 kWh/m²/an d’énergie finale. Avec l’ancien coefficient, son étiquette affichait 184 kWh/m²/an, donc D. Avec 1,9, elle affiche 152, donc C. Personne n’est entré dans la maison.
L’étiquette climat, elle, ne bouge pas d’un gramme, puisque le CO2 se compte sur l’énergie finale. Un logement que sa colonne de droite tirait vers le bas reste exactement où il était. Et le recalcul ne joue que dans un sens : aucun logement ne descend d’une classe à cause de lui.
Le recalcul ci-dessus vaut pour un logement dont le chauffage et l’eau chaude sont électriques. Avec un chauffage au gaz et un ballon électrique, la baisse ne porte que sur la part électrique, donc elle est plus faible.
Récupérer ta nouvelle lettre sans faire revenir personne
Ton DPE de 2023 reste valable et garde son ancienne étiquette imprimée dessus. Il n’est pas recalculé tout seul.
L’ADEME met en ligne un formulaire qui édite une attestation portant la lettre recalculée à 1,9, avec la même valeur juridique que le diagnostic d’origine. C’est gratuit, immédiat, et il n’y a pas de visite. Il te faut le numéro à treize caractères imprimé sur ton DPE, et le diagnostic doit avoir été fait après le 1er juillet 2021 et courir encore. L’attestation se demande sur l’observatoire DPE-Audit de l’ADEME.
Le procédé n’est pas nouveau. Il avait déjà servi en 2024, quand l’arrêté du 25 mars a corrigé des seuils défavorables aux petits logements et sorti 140 000 appartements de moins de 40 m² des classes F et G.
Une chose que le formulaire ne te dit pas : l’attestation est facultative. Rien ne t’oblige à la générer, et il existe un cas où tu as intérêt à t’abstenir. J’y viens.
Ce que ta lettre t’autorise à faire
| Ta classe | Mise en location | Vente | Parcours d’ampleur |
|---|---|---|---|
| A à D | libre | DPE seul | fermé |
| E | libre jusqu’au 1er janvier 2034 | audit si maison | ouvert |
| F | libre jusqu’au 1er janvier 2028 | audit si maison | ouvert |
| G | interdite depuis le 1er janvier 2025 | audit si maison | ouvert |
Côté location, un logement classé G ne peut plus être mis en location depuis le 1er janvier 2025. Le F tombe au 1er janvier 2028, le E au 1er janvier 2034, et l’outre-mer suit un calendrier décalé de trois ans sur les deux premières marches. L’interdiction frappe les nouveaux baux, les renouvellements et les reconductions tacites, pas le bail en cours signé avant l’échéance. Les loyers des F et des G sont gelés depuis août 2022 : ni indexation, ni augmentation entre deux locataires.
Côté vente, un DPE valable suffit pour un appartement. Pour une maison individuelle ou un immeuble entier, l’audit énergétique réglementaire s’ajoute au dossier : depuis le 1er avril 2023 pour les F et les G, depuis le 1er janvier 2025 pour les E, à partir du 1er janvier 2034 pour les D. Compte 700 à 1 500 € pour une maison, à ta charge, avant la première visite.
La lettre commande aussi ton MaPrimeRénov’
Le parcours par gestes ne regarde pas ton étiquette. Tu changes ta chaudière ou tu isoles tes combles, l’aide se calcule sur le poste et sur tes revenus, ta lettre n’entre pas dans l’équation. Le parcours de rénovation d’ampleur, lui, ne s’ouvre qu’aux logements classés E, F ou G, achevés depuis quinze ans au moins. Il exige un gain d’au moins deux classes, deux gestes d’isolation minimum, et un Mon Accompagnateur Rénov’ du début à la fin.
D’où le piège de 2026, et il est sérieux. La classe qui compte pour ce dossier est celle de l’audit énergétique, et les audits édités depuis le 1er janvier 2026 tournent déjà avec le coefficient à 1,9. Un logement tout électrique qui affichait 300 kWh/m²/an, donc E, ressort aujourd’hui à 248 : il est D, et il n’a plus accès au parcours d’ampleur. Il n’a rien perdu en confort et rien gagné sur sa facture. Il a perdu une aide.
Ça ne concerne que les logements électriques proches d’une frontière de classe. Si tu chauffes au gaz ou au fioul, ton audit rendra le même verdict qu’avant.
Combien de temps ta lettre tient, et ce qu’elle engage
Dix ans. Un DPE établi depuis le 1er juillet 2021 court dix ans jour pour jour, et rien ne le raccourcit, pas même des travaux.
Les anciens sont tous morts. Ceux de 2013 à 2017 ont expiré le 1er janvier 2023, ceux du 1er janvier 2018 au 30 juin 2021 le 1er janvier 2025. Autrement dit, tout DPE encore valable aujourd’hui a été fait avec la méthode de 2021, et tous sont recalculables par l’attestation.
Reste l’opposabilité, dont on te promet plus qu’elle ne donne. Depuis le 1er juillet 2021, l’acquéreur ou le locataire peut se retourner contre le vendeur, le bailleur ou le diagnostiqueur si l’étiquette est fausse. Deux parties du rapport échappent à ça : les recommandations de travaux et l’estimation de la facture annuelle, qui restent indicatives. Un chiffrage de travaux annoncé à 12 000 € dans un DPE et facturé 26 000 € ne t’ouvre aucun recours.
Par où commencer quand tu découvres ta lettre
Regarde la date du diagnostic avant tout le reste. Antérieur au 1er juillet 2021, il ne vaut plus rien et tu repars sur une visite.
Ensuite, prends ta décision dans cet ordre. Si tu es en G ou en F, si tu chauffes à l’électricité et que ton objectif est de louer ou de vendre, l’attestation ADEME est ce que tu fais dans les cinq minutes. Si tu es en E, électrique, et que tu montes un dossier de rénovation d’ampleur, ne demande rien avant d’avoir fait chiffrer ton projet : c’est le cas où gagner une lettre te coûte de l’argent.
Puis ouvre la deuxième moitié du rapport, celle que personne ne lit. Les déperditions y sont ventilées poste par poste, et c’est là que se décide l’ordre de tes travaux, bien plus que dans la liste de recommandations qui la suit.