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Quel chauffage choisir : ce qui décide avant le prix

Quel chauffage choisir se décide sur tes radiateurs avant de se décider sur ton budget. Les six équipements aidés en maison individuelle, le kWh de chaleur calculé de 5,7 à 20 centimes, et la date de 2027 qui ferme la porte aux maisons classées F et G.

Publié le 1 janvier 2020 Article de fond Par Sébastien Rouvier 12 min de lecture

Un radiateur en fonte à colonnes sous une fenêtre, avec son robinet thermostatique et le tuyau d'alimentation apparent le long de la plinthe.

« On m’a dit de partir sur une pompe à chaleur, parce que c’est ce qui rapporte le plus. » Celle-là, je l’ai entendue au téléphone plus souvent que n’importe quelle autre phrase, et elle n’est pas fausse : sur le barème par geste, aucun équipement de chauffage ne rapporte davantage. Elle reste le plus mauvais point de départ qui soit.

Choisir un chauffage se fait par élimination, et le premier tri se joue sur ce que tu as déjà au bout de tes murs. Le prix arrive après, l’aide encore après. Quant à la surface, elle n’élimine rien du tout : cent mètres carrés commandent une puissance, pas un système, et confondre les deux reste la façon la plus rapide de finir avec une machine trop grosse qui ne fera baisser aucune facture.

Le premier tri se fait sur tes radiateurs, pas sur ton budget

Deux familles, et la frontière entre elles est brutale. Soit la maison a un réseau d’eau chaude, avec une chaudière quelque part, des tuyaux et des radiateurs tièdes au toucher, soit elle n’en a pas.

Sans réseau d’eau, il reste trois portes : la pompe à chaleur air-air, le poêle, le radiateur électrique. Créer un réseau hydraulique dans une maison debout revient couramment plus cher que la machine qu’on veut mettre au bout, saignées et reprises de sol comprises, et cette ligne-là n’entre dans l’assiette d’aucune aide.

Avec un réseau d’eau, la vraie question devient la température que ce réseau réclame pour tenir 20 °C un jour de gel. Des radiateurs en fonte dimensionnés dans les années soixante demandent 70 °C. Des panneaux acier posés dans les années quatre-vingt-dix tournent autour de 60. Un plancher chauffant se contente de 35. Ce chiffre décide du rendement de tout ce que tu poseras derrière, et il se lit sur le thermostat de ta chaudière actuelle, jamais sur un devis.

Ce que tu as au murEau qu’il réclameCe qui reste en lice
Plancher chauffant30 à 40 °Ctout, et la pompe à chaleur dans ses meilleures conditions
Radiateurs basse température45 à 50 °Cpompe à chaleur, réseau de chaleur, chaudière à granulés
Panneaux acier ou aluminium55 à 65 °Cpompe à chaleur avec un rendement en retrait, granulés, gaz
Radiateurs en fonte70 à 80 °Cgranulés, gaz, ou tu changes les émetteurs d’abord
Convecteurs, aucun réseau d’eausans objetpompe à chaleur air-air, poêle, radiateurs à inertie

C’est aussi lui qui explique pourquoi deux voisins reçoivent deux conseils opposés pour la même maison de la même année. Ils n’ont pas les mêmes radiateurs.

Six équipements de chauffage sont aidés, et les absents comptent autant

MaPrimeRénov’ par geste ne finance que six systèmes de chauffage en maison individuelle : la pompe à chaleur air-eau, la pompe à chaleur géothermique, le chauffage solaire combiné, le poêle à granulés, le poêle à bûches (insert et foyer fermé compris) et le raccordement à un réseau de chaleur. Les montants vont de 400 € à 11 000 € selon l’équipement et selon ta tranche de revenus, et je les détaille poste par poste dans le barème.

Ce qui n’y figure pas se retient plus vite. La pompe à chaleur air-air ne touche pas un euro de forfait ; elle a récupéré la TVA à 5,5 % le 18 juillet 2026, ce qui pèse sur un devis, mais elle est sortie de l’éco-PTZ depuis décembre 2023. La chaudière gaz à condensation ne touche rien non plus et se facture à 20 % de TVA, les chaudières fossiles ayant été exclues du taux réduit. La chaudière fioul ne s’installe plus du tout depuis le 1er juillet 2022, un décret ayant plafonné à 300 grammes de CO2 par kilowattheure ce qu’un équipement neuf a le droit d’émettre.



Le cas qui piège le plus de monde, c’est la chaudière à granulés. Elle a quitté le parcours par geste au 1er janvier 2026. Elle se finance encore par les certificats d’économies d’énergie ou dans un projet de rénovation d’ampleur, mais plus par un forfait, et l’écart entre les deux se compte en milliers d’euros.

Le kWh de chaleur va de 5,7 à 20 centimes selon la machine

Le prix de l’énergie ne dit rien tant qu’on ne l’a pas divisé par le rendement de l’appareil qui la brûle ou qui la pompe. C’est la seule division qui met sur la même ligne des machines qui ne consomment pas la même chose.

Trois prix officiels servent de base. L’électricité au tarif réglementé est à 0,2001 € le kilowattheure depuis le 1er août 2026. Le prix repère du gaz publié par la Commission de régulation de l’énergie est à 0,13474 € en septembre 2026. Le granulé, lui, revenait à 8 centimes le kilowattheure au dernier indice trimestriel de sa filière, celui du quatrième trimestre 2025, soit environ 370 € la tonne livrée en vrac pour un pouvoir calorifique conventionnel de 4 600 kWh.

Ce que tu posesPrix de l’énergieRendement retenuLe kWh de chaleur
Pompe à chaleur sur plancher chauffant0,2001 €/kWhSCOP 3,55,7 c
Pompe à chaleur sur radiateurs à 65 °C0,2001 €/kWhSCOP 2,19,5 c
Poêle à granulés370 € la tonne85 %9,5 c
Chaudière gaz à condensation0,13474 €/kWh90 %15,0 c
Radiateur électrique0,2001 €/kWh100 %20,0 c

Le granulé arrive à égalité avec la pompe à chaleur, pas devant elle, et encore faut-il comparer la pompe dans son cas le plus défavorable. On me le présente pourtant comme l’énergie la moins chère du marché depuis quinze ans. Quant à la pompe à chaleur posée sur des radiateurs à 65 °C, elle perd près de la moitié de l’avantage qu’on met en avant pour la vendre.

L’ETAS de ton devis n’est pas mesuré à la température de tes radiateurs

Pour toucher son forfait, une pompe à chaleur air-eau doit afficher une efficacité énergétique saisonnière d’au moins 126 % en basse température ou 111 % en moyenne température. Ces deux seuils se mesurent à 35 °C et à 55 °C de départ d’eau. Il n’existe aucun point de mesure à 65 °C.

Une machine vendue « haute température » décroche donc son éligibilité dans un régime que ton installation ne lui offrira jamais. Le dossier passe, puisque la fiche technique est conforme. La facture, elle, se calcule sur le régime réel, et l’écart ne remonte jamais à l’Anah, qui a instruit un papier et pas une installation.

55 °Cle point de mesure le plus chaud qui existe pour une pompe à chaleur

0 €ce que MaPrimeRénov' verse sur une pompe à chaleur air-air

31/12/2026dernier jour du parcours par geste pour une maison classée F ou G

C’est pour ça que je fais lire la température de départ avant de regarder une marque. Une prime touchée sur une machine qui tourne hors de sa plage de mesure se rembourse ensuite, en petites coupures, sur quinze hivers de facture.

Le chauffage électrique et le poêle d’appoint ne répondent pas à la même question

Un radiateur électrique à inertie ne reçoit rien de MaPrimeRénov’. Rien du tout, quelle que soit sa gamme. Il reste une prime au titre des certificats d’économies d’énergie, mais elle est réservée aux émetteurs à régulation électronique à fonctions avancées : détection d’ouverture de fenêtre, détection d’absence, indicateur de surconsommation. Sans ces trois fonctions, l’appareil ne vaut rien aux yeux de l’administration, aussi cher soit-il.

Ça ne le disqualifie pas partout. Dans une petite maison réellement isolée, où le besoin annuel est faible, 20 centimes le kilowattheure sur peu de kilowattheures peut coûter moins qu’un investissement de 14 000 € amorti sur quinze ans. Le calcul se fait sur ta consommation, pas sur un principe.

Le poêle d’appoint, lui, répond à une autre question encore. Il chauffe la pièce où il est, et le couloir si les portes restent ouvertes. Il touche son forfait, jusqu’à 1 250 €, mais il ne remplace pas un système et il ne fait pas bouger une étiquette de diagnostic à lui seul. Choisir un poêle pour ne pas avoir à choisir un chauffage, c’est repousser la décision d’un hiver.

Au 1er janvier 2027, les maisons F et G perdent le parcours par geste

Cette date-là commande le calendrier des maisons les plus mal classées, et elle est passée presque inaperçue. Une maison individuelle classée F ou G au diagnostic garde l’accès au parcours par geste jusqu’au 31 décembre 2026. Après, elle bascule d’office sur la rénovation d’ampleur, avec l’accompagnement obligatoire et le saut de classes que ce parcours exige.

Si ta maison porte une de ces deux lettres et que tu comptais changer ta chaudière seule, ce que tu as devant toi est une fenêtre de dépôt, pas un projet à mûrir. Passé la date, le remplacement de chauffage ne s’aide plus tout seul : il doit entrer dans un bouquet de travaux, ce qui change le montant autant que l’interlocuteur.

Classée D ou E, ta maison n’est pas concernée, et te précipiter te coûterait plus que ça ne te rapporterait.

Choisir un chauffage : par où tu commences

Quatre gestes, dans cet ordre, avant le premier rendez-vous commercial.

Va lire la température de départ sur ta chaudière ou sur ta pompe à chaleur actuelle. C’est un chiffre affiché, pas une estimation, et il élimine à lui seul la moitié du catalogue. Sors ensuite ton diagnostic pour connaître la lettre : elle décide de ton calendrier bien plus que de ton confort. Regarde ta couleur de ressources, qui fixe les montants auxquels tu peux prétendre. Et vérifie l’état de ton isolation avant, pas après, parce qu’une machine dimensionnée sur une maison passoire restera surdimensionnée le jour où tu isoleras.

Alors seulement, demande des devis. Trois, sur le même cahier des charges, avec la température de départ écrite dessus. C’est la seule façon de les comparer, et c’est aussi ce qui fait fuir les entreprises qui n’avaient pas prévu de la calculer.

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