« Mon installateur m’a dit que ma clim réversible, c’est une pompe à chaleur, donc que j’avais droit à MaPrimeRénov’. » Le monsieur avait déjà signé. Il avait quatre splits au mur depuis trois semaines et il venait de recevoir son refus de l’Anah, qu’il ne comprenait pas. Sa clim réversible était bien une pompe à chaleur air-air. Elle n’est simplement sur aucune ligne du barème.
Mon verdict, avant toute explication : entre une pompe à chaleur air-air et une air-eau, c’est ton circuit de chauffage actuel qui tranche. Des radiateurs à eau ou un plancher chauffant, l’air-eau reprend le circuit et tu gardes tes émetteurs. Des convecteurs électriques et rien d’autre, l’air-air se pose sans casser les cloisons. L’aide arrive après, et elle creuse l’écart de facture dans un sens que la plupart des devis passent sous silence.
Ce que tu as au bout de tes murs décide de la machine
Les deux prennent la chaleur dans l’air extérieur, avec le même genre d’unité posée dehors. Ce qui les sépare, c’est ce qu’elles en font une fois dedans.
| PAC air-air | PAC air-eau | |
|---|---|---|
| Diffuse par | des unités murales qui soufflent | le circuit d’eau existant |
| Eau chaude sanitaire | non | oui |
| Rafraîchit l’été | oui, pièce par pièce | seulement avec plancher ou ventilo-convecteurs |
| MaPrimeRénov’ | non éligible | 3 000 à 5 000 € |
| Éco-PTZ | non éligible | éligible |
| Prime CEE | oui, si SCOP ≥ 3,9 et ≤ 12 kW | oui |
| TVA | 5,5 % depuis juillet 2026, sinon 10 % | 5,5 % |
L’air-eau chauffe de l’eau. Elle se branche sur le circuit qui existe déjà, celui de ton ancienne chaudière, et tes radiateurs continuent leur travail. Un chantier de deux à quatre jours, avec de la plomberie, un module hydraulique dans le garage ou la buanderie, et un vase d’expansion à caser quelque part.
L’air-air chauffe de l’air. Elle le souffle par des unités murales, une par pièce ou presque, reliées à l’unité extérieure par des liaisons frigorifiques qui passent en apparent ou dans un coffrage. Deux jours de pose, aucune plomberie, aucune reprise du circuit. Elle ne fabrique pas ton eau chaude sanitaire, jamais : ton ballon reste ce qu’il est, et sa consommation reste ce qu’elle est.
Tout se joue là. Si tu chauffes déjà à l’eau, remplacer la distribution pour poser des splits te coûtera plus que la machine elle-même. Si tu es à l’électrique direct, créer un circuit d’eau complet dans une maison debout, c’est plusieurs semaines de chantier, des saignées partout, et aucune prime ne rembourse cette partie-là.
Ce que MaPrimeRénov’ verse sur une air-eau, et rien sur une air-air
Le barème de l’Anah au 1er janvier 2026 est un forfait par équipement, et la pompe à chaleur air-eau y figure à 5 000 € pour un ménage très modeste, 4 000 € pour un modeste, 3 000 € pour un intermédiaire. Les ménages aux ressources supérieures ne sont plus éligibles au parcours par geste. La dépense éligible est plafonnée à 12 000 €, pose comprise.
5 000 €l'aide maximale sur une air-eau, ménage très modeste
0 €ce que MaPrimeRénov' verse sur une air-air
12 000 €le plafond de dépense retenu sur une air-eau
La pompe à chaleur air-air n’apparaît sur aucune ligne de ce tableau. L’administration la range avec la climatisation réversible, et j’ai passé assez de coups de fil là-dessus pour savoir qu’aucun argumentaire ne fait bouger cette ligne. Même sort du côté de l’éco-PTZ : depuis décembre 2023, seules les air-eau, les géothermiques et les solarothermiques ouvrent le prêt.
Ce qui reste à l’air-air, c’est la prime CEE. La fiche BAR-TH-129 la finance à deux conditions techniques, écrites noir sur blanc : puissance nominale inférieure ou égale à 12 kW, et coefficient de performance saisonnier d’au moins 3,9. Le montant se compte en kilowattheures cumac avant de se compter en euros, et il dépend de ta zone climatique, de la surface que la machine chauffe vraiment, et de l’obligé qui te rachète le certificat.
Et sur l’air-eau, l’exigence qui fait tomber le plus de dossiers : l’efficacité énergétique saisonnière de la machine, appoint électrique compris, doit atteindre 126 % en basse température ou 111 % en moyenne et haute température. Ce chiffre vit sur la fiche produit du fabricant, et il manque souvent sur le devis.
L’air-air est passée à la TVA à 5,5 % le 18 juillet 2026
Le fisc vient de rendre à l’air-air une partie de ce que l’Anah lui refuse. L’article 92 de la loi de finances pour 2026 a ouvert le taux réduit aux pompes à chaleur air-air, et l’arrêté du 13 juillet 2026 a fixé les caractéristiques exigées. Publié au Journal officiel le 17, applicable dès le lendemain.
La machine doit être réversible, fixe, installée à demeure. En dessous de 12 kW, il lui faut une étiquette énergétique d’au moins A++ en mono-split, A+ en multi-split, et ce niveau vaut aussi bien pour le chauffage que pour le froid. Son fluide frigorigène doit respecter le calendrier européen d’interdiction en vigueur à la date de signature du devis. Et elle doit pouvoir se piloter à distance, chauffage comme rafraîchissement.
Quatre conditions cumulatives, donc, mais aucune exigence de qualification pour celle qui pose : à la différence de MaPrimeRénov’, la TVA réduite ne demande pas de RGE. En dessous de ces critères, l’installation retombe à 10 % comme avant.
Sur 8 000 € de travaux hors taxes, passer de 10 % à 5,5 % fait tomber la facture de 8 800 € à 8 440 €. Ces 360 € ne se demandent pas et n’attendent aucune instruction : ils sont sur la ligne du devis, ou ils n’y sont pas.
La TVA réduite s'applique au moment de la facture, pas après. C'est l'entreprise qui porte le taux sur le devis, et tu signes l'attestation qui certifie que le logement a plus de deux ans. Un chantier facturé à 10 % par erreur ne se corrige qu'avec une facture rectificative, si l'installateur accepte de l'établir.
Non, ta PAC air-eau ne fera pas la clim du salon
C’est la question qu’on me pose le plus, et ma réponse déçoit tout le monde. Une air-eau réversible refroidit de l’eau. Cette eau ne rafraîchit que par des émetteurs prévus pour : un plancher chauffant-rafraîchissant, des ventilo-convecteurs. Avec des radiateurs classiques, il ne se passe rien du tout, et certains fabricants l’interdisent carrément, à cause de la condensation qui se forme sur les corps de chauffe.
Là où ça marche, on parle de deux à trois degrés gagnés dans la journée, sans souffle et sans réglage par pièce. C’est agréable, ce n’est pas de la climatisation.
L’air-air, elle, refroidit vraiment, pièce par pièce, avec une consigne par unité. C’est le point où elle gagne franchement, et c’est aussi celui que les vendeurs mettent en avant quand ils sentent que l’argument des aides leur échappe.
Ce que ça donne sur deux devis
Prends un ménage modeste, maison des années soixante-dix, chauffage central au gaz en fin de vie. Le devis d’air-eau sort à 14 000 € hors taxes, soit 14 770 € une fois la TVA à 5,5 % appliquée. La prime forfaitaire de 4 000 € ramène le reste à 10 770 € avant la prime CEE, qui s’ajoute par-dessus. L’écrêtement, qui limite le cumul à 75 % de la dépense éligible pour un ménage modeste, ne mord pas à ce niveau-là.
Le devis d’air-air pour la même maison tourne autour de 8 000 € hors taxes, 8 440 € au taux réduit, sans aucune prime de l’Anah. L’écart de reste à charge est d’environ 2 330 € en faveur de l’air-air.
Sauf qu’il faut ajouter l’eau chaude sanitaire, que l’air-air ne fait pas. Un chauffe-eau thermodynamique se pose entre 3 000 et 4 000 €, et il rapporte 800 € de prime à ce même ménage modeste. L’écart fond, et la question redevient celle du début : as-tu déjà un circuit d’eau, oui ou non.
Pose tes deux devis côte à côte, hors prime CEE, qui s’ajoute des deux côtés.
Qui prend quoi
Le propriétaire qui a des radiateurs à eau et une chaudière qui fatigue prend l’air-eau, sans hésiter. Ses émetteurs restent en place, la prime lui rend 3 000 à 5 000 € selon sa couleur, l’éco-PTZ finance le reste sans intérêts, et la même machine produit son eau chaude. Le surcoût du chantier, les aides l’absorbent.
Le propriétaire d’une maison au tout-électrique, sans plancher chauffant ni radiateur à eau, prend l’air-air. Sa facture de chauffage baisse sans qu’on démolisse quoi que ce soit, il a du froid l’été, et la prime CEE tombe, avec la TVA réduite si sa machine tient les critères. MaPrimeRénov’, jamais. Personne ne pourra la lui obtenir, quel que soit le vendeur qui le lui promet.
Un cas intermédiaire revient souvent : la maison qui a des radiateurs à eau, mais dont la moitié des pièces ne sont plus chauffées, avec un budget qui ne dépassera pas 9 000 €. Là, je conseille d’attendre plutôt que de basculer sur l’air-air par contrainte de trésorerie. La prime sur l’air-eau se demande une fois, elle se demande sur un logement qu’on garde, et elle ne rattrape pas un équipement déjà posé.
D'où sortent les chiffres de cette page
- Anah, guide des aides financières 2026, barèmes au 1er janvier 2026 et plafonds de dépense éligible.
- Arrêté du 13 juillet 2026, JORF du 17 juillet 2026, critères de TVA à 5,5 % des PAC air/air.
- Fiche d'opération standardisée CEE BAR-TH-129, pompe à chaleur de type air/air.