« Mon chauffagiste m’a dit qu’avec mes radiateurs en fonte, une pompe à chaleur ne marcherait pas. » Le monsieur appelait de Saint-Junien, un devis de chaudière à condensation posé devant lui, et il voulait savoir si on le baladait. On ne le baladait pas. On ne lui disait pas tout non plus : ce ne sont pas les radiateurs en fonte qui gênent, c’est la température d’eau qu’ils réclament pour chauffer la pièce. Alimentée à 45 °C dans une maison isolée, la fonte fait très bien son travail.
Alors voilà ma réponse, avant les explications. Entre une pompe à chaleur air-eau et une chaudière gaz à condensation, c’est la température de départ de ton circuit qui décide. La surface de la maison n’y change presque rien, ta région non plus. Et cette température, tu peux la mesurer toi-même cet hiver, sans payer personne, avec la chaudière que tu as déjà.
Ce qui sépare vraiment les deux machines
Elles chauffent la même eau, dans les mêmes tuyaux, vers les mêmes radiateurs. Une fois le réglage fait, personne ne sent la différence dans son salon. Ce qui les sépare tient en sept lignes, dont deux qui ne parlent pas de chauffage : elles parlent d’argent public.
| Pompe à chaleur air-eau | Chaudière gaz à condensation | |
|---|---|---|
| Prix posé | 12 000 à 16 000 € | 4 500 à 6 500 € |
| TVA sur le devis | 5,5 % | 20 % depuis mars 2025 |
| MaPrimeRénov’ | 3 000 à 5 000 € selon la couleur | plus rien |
| Prime CEE | oui | plus rien depuis 2025 |
| kWh de chaleur | 5,0 à 9,5 centimes | 15,0 centimes |
| Entretien obligatoire | tous les deux ans | tous les ans |
| Exige du logement | une eau de départ basse | rien |
Le kWh de chaleur coûte 15 centimes au gaz, 5 à 9 à la pompe à chaleur
Ton compteur facture des kilowattheures de gaz, ta chaudière en perd une partie dans le conduit. Une condensation en bon état restitue environ 90 % de ce qui passe au compteur. Au prix repère que publie la Commission de régulation de l’énergie pour septembre 2026, sur le réseau GRDF et pour un abonné qui se chauffe, ce kilowattheure coûte 0,13474 € toutes taxes. Divisé par 0,90, le kilowattheure de chaleur revient à 15,0 centimes.
En face, l’électricité au tarif réglementé, option Base, est à 0,2001 € depuis la grille du 1er août 2026. Une pompe à chaleur rend plusieurs fois plus de chaleur qu’elle ne consomme d’électricité, et ce multiplicateur s’appelle le SCOP : la performance mesurée sur une saison entière, pas par beau temps. Le kilowattheure de chaleur coûte donc 0,2001 divisé par le SCOP.
Départ 35 °C5,0
Départ 45 °C6,1
Départ 55 °C7,7
Départ 65 °C9,5
Chaudière gaz15,0
Centimes d'euro par kilowattheure de chaleur, prix officiels 2026.
Le point de bascule tombe à SCOP 1,34. En dessous, la pompe à chaleur consomme plus cher que le gaz. Au-dessus, elle gagne, et l’écart se creuse vite.
Ce résultat m’a surpris la première fois que je l’ai posé sur le papier : même mal installée, même sur des radiateurs qui exigent 65 °C, une pompe à chaleur franchit ce seuil sans difficulté. Pour repasser derrière le gaz, il faudrait que sa résistance d’appoint fabrique plus de la moitié de la chaleur de l’année. Ça n’arrive pas. La facture baisse dans tous les cas ; la température décide seulement de combien, et en combien de temps la machine se rembourse.
Le test à 55 °C, à faire cet hiver avec ta chaudière actuelle
Personne ne connaît la température de départ de sa maison, et c’est pourtant le seul chiffre qui compte. Il ne figure sur aucun devis : il se mesure, et l’instrument de mesure est ta chaudière.
Attends une semaine vraiment froide, janvier ou février. Descends la consigne de départ d’eau à 55 °C, ou règle la courbe de chauffe au plus bas qu’elle accepte. Laisse tourner trois jours pleins, sans réduit de nuit. Le troisième soir, relève la température des deux pièces les plus mal chauffées.
Si elles tiennent 19 ou 20 °C, tes émetteurs se contentent de 55 °C. Recommence à 45 °C la semaine suivante : si ça tient encore, une pompe à chaleur tournera autour de 3,3 chez toi, et le calcul bascule franchement. Si au contraire le salon plafonne à 17 °C pendant que la chaudière tourne en continu, tu as ta réponse : tes radiateurs réclament 65 °C, et c’est l’enveloppe qu’il faut traiter avant la machine.
Le piège de ce test, c’est son calendrier. Il se fait au cœur de l’hiver, et une chaudière meurt aussi au cœur de l’hiver. Personne ne teste quoi que ce soit le jour où il n’a plus de chauffage. Fais-le l’hiver d’avant, pendant que l’ancienne fonctionne encore, et tu choisiras au lieu de subir.
Ce que ça donne sur ta facture
La maison la plus banale du Limousin : 110 m² de 1978, combles refaits, murs pleins nus, radiateurs fonte d’origine, 19 000 kWh au compteur de gaz. Facture actuelle, abonnement compris, 2 921 € par an.
Deux devis sur la table. Une chaudière à condensation à 4 300 € hors taxes, soit 5 160 € une fois la taxe sur la valeur ajoutée à 20 % appliquée, sans un centime d’aide. Une pompe à chaleur air-eau à 13 200 € hors taxes, soit 13 926 € à 5,5 %. Le propriétaire est classé modeste : 4 000 € de MaPrimeRénov’, et mettons 2 800 € de prime des certificats d’économies d’énergie, un montant qui change d’un obligé à l’autre. Il lui reste 7 126 € à sortir, contre 5 160 €.
Le test à 45 °C est passé chez lui. La pompe à chaleur tournera vers 3,3, soit 899 € d’électricité de chauffage dans l’année, contre 2 580 € de gaz avec la chaudière neuve. 1 966 € d’écart à l’achat, 1 681 € d’écart par an : quatorze mois. Son abonnement électrique monte d’un cran au passage, celui du gaz disparaît, et le solde reste du même côté.
Rejoue le calcul en supposant que le test à 55 °C ait échoué. Il faut alors une machine haute température, plus chère, qui tournera vers 2,1 avec un appoint électrique qui prend sa part : 1 645 € d’électricité par an, et six ans pour rembourser l’écart. Gagnant aussi, sur le papier. Mais ce sont ces installations-là dont les propriétaires me rappellent au bout de deux hivers.
L’aide regarde la même température que ta facture
Les deux options cessent d’être comparables ici. Une chaudière gaz à condensation ne touche plus rien : ni MaPrimeRénov’, ni prime des certificats d’économies d’énergie depuis le 1er janvier 2025. Le code général des impôts la range en plus hors du taux réduit depuis mars 2025, à son article 278-0 bis A. Vingt pour cent de taxe sur la valeur ajoutée au lieu de cinq et demi, soit 623 € d’écart sur un devis de 4 300 € hors taxes.
La pompe à chaleur air-eau, elle, ouvre droit au forfait chauffage : 5 000 € pour un ménage très modeste, 4 000 € modeste, 3 000 € intermédiaire, rien au-dessus, dans la limite de 12 000 € de dépense retenue. Le logement doit avoir quinze ans révolus et rester ta résidence principale huit mois par an au moins. Le cumul avec les certificats est plafonné à 90, 75 ou 60 % de cette dépense selon ta couleur.
La condition technique, elle, dit exactement ce que dit ton test. L’arrêté du 17 novembre 2020 exige une efficacité énergétique saisonnière d’au moins 126 % pour une machine basse température, 111 % pour une moyenne ou haute température. Ce pourcentage, c’est le SCOP divisé par 2,5, moins trois points : 126 % correspond à un SCOP de 3,2 mesuré à 35 °C de départ, 111 % à un SCOP de 2,9 mesuré à 55 °C. Le règlement européen s’arrête là, personne ne mesure à 65. Une machine vendue « haute température » a donc décroché son chiffre d’éligibilité dans des conditions que ton installation ne lui offrira jamais.
Au 1er janvier 2027, une maison individuelle classée F ou G au diagnostic perd l'accès au parcours par geste. Or une maison qui réclame 65 °C porte presque toujours l'une de ces deux lettres. Repousser de trois ans, c'est perdre l'aide qui rendait le calcul tenable.
Ce que la chaudière gaz fait mieux
Elle coûte trois fois moins cher à poser, et cet argent-là, tu ne l’avances pas. La température que tes radiateurs réclament lui est indifférente : à 75 °C comme à 45, son rendement bouge à peine. L’eau chaude sanitaire sort à 60 °C sans qu’une résistance vienne à la rescousse. Et rien ne va dehors, ni unité qui souffle contre le mur du voisin, ni déclaration en mairie.
Son vrai avantage, personne ne le compte : elle n’a aucun dossier. Rien à déposer avant de signer, aucun virement à attendre, aucun refus à craindre. Quand la chaudière lâche le 3 janvier, une condensation est posée dans la semaine. Une pompe à chaleur aidée, non.
Qui prend quoi
Le test à 45 ou 55 °C est passé. Maison des années 1990 ou plus récente, ou maison ancienne déjà isolée, plancher chauffant ou radiateurs largement dimensionnés. Prends la pompe à chaleur air-eau, sans attendre. C’est le cas où elle se rembourse en une saison ou deux, et où elle tiendra ses promesses ensuite.
Le test a échoué et tu n’isoles pas cette année. Radiateurs fonte, murs pleins nus, étiquette F ou G. Prends la condensation maintenant, la pompe à chaleur après les travaux d’enveloppe : c’est l’ordre le moins cher. Regarde quand même le calendrier de 2027 avant de repousser de trois ans.
Tu ne veux pas trancher. La pompe à chaleur hybride existe : une air-eau qui fait le gros de la saison, une chaudière gaz qui reprend la main les jours les plus froids. Elle reste éligible à MaPrimeRénov’ au titre du chauffage, contrairement à la chaudière seule. Elle coûte cher et double l’entretien, mais sur une grande maison qu’on ne rénovera pas, elle règle le problème du 65 °C au lieu de le contourner.
Un dernier point, valable pour les trois cas. Le devis de pompe à chaleur qui annonce une puissance calculée sur ta seule surface, sans avoir regardé tes murs ni tes émetteurs, produira une machine trop grosse qui s’arrêtera et repartira tout l’hiver. C’est mon premier motif d’appel, loin devant le prix.