En mars 2024, j’ai bâti un plan de financement pour un couple de Saint-Junien qui partait sur une rénovation d’ampleur. Isolation des murs, sortie du fioul, ventilation double flux. Dans la colonne des recettes, en face de la pompe à chaleur, j’avais écrit 4 200 euros de prime CEE. Cette ligne n’existait pas. En rénovation d’ampleur, MaPrimeRénov’ et les certificats d’économies d’énergie ne se cumulent pas, et je l’ai appris ce jour-là, en même temps qu’eux.
Le cumul des aides rénovation tient dans deux nombres, et aucune case à cocher ne les remplace : le plafond de dépense éligible attaché à ton geste, et le taux d’écrêtement attaché à ta tranche de revenus. Les 90, 75 et 60 % que tout le monde répète ne plafonnent que deux aides sur la liste, MaPrimeRénov’ et la prime CEE. Le reste obéit à une autre règle, plus généreuse que sa réputation.
Ce qui se cumule avec quoi, et ce qui ne se cumule jamais
Les chiffres de cette page sortent de deux documents. Le barème annexé à l’arrêté du 12 juin 2026, qui fixe les forfaits par geste et les plafonds de dépense éligible. Et le guide des aides financières publié par l’Anah en février 2026, qui porte les taux d’écrêtement et la matrice des cumuls autorisés.
| Aide | Avec MaPrimeRénov’ par geste | Avec MaPrimeRénov’ d’ampleur | Comptée dans l’écrêtement |
|---|---|---|---|
| Prime CEE | oui | non | oui, sous 90, 75 ou 60 % |
| Coup de pouce | oui | non | oui, c’est une prime CEE |
| Aide d’une collectivité | oui | oui | oui, jusqu’à 100 % |
| Aide de caisse de retraite | oui | oui | oui, jusqu’à 100 % |
| Éco-PTZ | oui | oui | non, c’est un prêt |
| TVA à 5,5 % | oui | oui | non, c’est un taux |
| Exonération de taxe foncière | oui | oui | non |
La prime CEE se cumule avec MaPrimeRénov’ quand tu avances geste par geste, jamais quand tu passes par le parcours accompagné. Le Coup de pouce, lui, se compte dans la même case : c’est un coefficient appliqué au volume de certificats, donc une prime CEE gonflée, et il subit le même sort. L’éco-prêt à taux zéro et la TVA à taux réduit se cumulent avec tout, sans plafond commun, parce que ni l’un ni l’autre n’est une subvention.
L’écrêtement à 90, 75 et 60 % ne plafonne que deux aides
Additionnés, MaPrimeRénov’ et les certificats d’économies d’énergie ne peuvent pas dépasser 90 % de la dépense éligible pour un ménage aux revenus très modestes, 75 % pour un ménage modeste, 60 % pour un ménage intermédiaire.
90 / 75 / 60 %le plafond de MaPrimeRénov' plus CEE, selon ta tranche
100 %le plafond dès qu'une aide locale entre au dossier
20 000 €les primes par logement sur cinq ans, MaPrimeRénov' seule
Dépense éligible, et pas devis. C’est le montant toutes taxes comprises de ton chantier, retenu dans la limite du plafond de ton geste, et c’est le mot que tout le monde saute. Quand le total dépasse, l’Anah rabote sa propre prime et laisse la prime CEE intacte. Elle ne donne pas d’ordre à un fournisseur d’énergie ; elle ne commande que son enveloppe.
Ça change l’ordre dans lequel se monte un dossier. Réserve la prime CEE en premier, avant de signer le moindre devis : c’est elle qui sera servie en entier, et la prime de l’Anah absorbera l’écart.
Prends une isolation de combles perdus sur 90 mètres carrés, chez un ménage très modeste. Le devis est à 4 050 euros TTC, soit 45 euros du mètre carré. Le plafond de dépense éligible de ce geste vaut 75 euros du mètre carré, donc 6 750 euros : le devis passe dessous, la dépense éligible est le devis lui-même. Le forfait, lui, vaut 25 euros du mètre carré, soit 2 250 euros. L’écrêtement autorise 90 % de 4 050, c’est-à-dire 3 645 euros. Avec une prime CEE de 1 800 euros, le total réclamé monte à 4 050 euros. L’Anah retire donc 405 euros à sa prime, qui tombe à 1 845 euros.
Reste à charge : 405 euros, les 10 % qu’un écrêtement à 90 % laisse forcément sur la table.
Une aide locale déplace le plafond à 100 % de la dépense éligible
Presque tous les propriétaires que j’ai eus au téléphone lisent ce taux comme le plafond de toutes leurs aides. Il ne plafonne que MaPrimeRénov’ et la prime CEE. Dès qu’une subvention de ta région, de ton département ou de ta communauté de communes entre dans le dossier, ou une aide de ta caisse de retraite, le total autorisé monte à 100 % de la dépense éligible, quels que soient tes revenus.
Reprends le chantier de combles. Ajoute une subvention locale de 500 euros. Le plafond global passe à 4 050 euros, mais celui de MaPrimeRénov’ plus CEE reste bloqué à 3 645. L’Anah recalcule et descend sa prime à 1 750 euros. Le total atteint 4 050 euros, le reste à charge tombe à zéro. Ton aide locale de 500 euros t’en a donc rapporté 405 : les 95 autres ont été repris sur la prime de l’État.
Demande-la quand même, et demande-la avant le dépôt du dossier. Ce que j’en retiens surtout : n’additionne jamais les lignes d’un plan de financement sans les faire passer par les deux plafonds.
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Plus ton devis est bas, plus l’écrêtement mord
L’écrêtement porte sur la dépense éligible, qui est plafonnée. Le forfait MaPrimeRénov’, lui, ne bouge pas avec le prix du chantier. Sur une pompe à chaleur air-eau, le plafond de dépense éligible atteint 12 000 euros et le forfait d’un ménage très modeste 5 000 euros. Devis à 14 000 euros : la dépense retenue reste 12 000, l’écrêtement autorise 10 800 euros, il faudrait une prime CEE supérieure à 5 800 euros pour qu’il se déclenche. Aucune ne monte à ce niveau sur ce geste.
Le même ménage, le même équipement, un devis à 9 000 euros. La dépense éligible devient 9 000, le plafond descend à 8 100, et une prime CEE de 3 500 euros suffit à faire sauter le compteur : la prime de l’Anah passe de 5 000 à 4 600 euros.
L’écrêtement rattrape donc les petits chantiers, ceux où les aides couvrent presque tout, et laisse filer les gros. Chez un ménage aux revenus intermédiaires, sur cette même pompe à chaleur, il faudrait 4 200 euros de certificats pour l’atteindre. Je n’en ai jamais vu passer.
Quand l’écrêtement mord, la TVA à 5,5 % ne te rapporte plus que 10 %
L’écrêtement se calcule sur un montant toutes taxes comprises. La TVA à taux réduit baisse ce montant, donc elle baisse aussi le plafond des aides, et une part de ce qu’elle te fait gagner d’un côté te repart de l’autre.
Le chantier de combles, encore, à 4 050 euros TTC. Hors taxes, il vaut 3 838,86 euros. Facturé à 20 %, il serait ressorti à 4 606,63 euros TTC, soit 557 euros de plus. Mais l’écrêtement aurait alors autorisé 4 145,97 euros d’aides au lieu de 3 645, et le reste à charge aurait été de 461 euros au lieu de 405.
Le taux réduit t’a économisé 557 euros de facture et il ne t’a fait gagner que 56 euros de poche. Le calcul est mécanique : à 90 % d’écrêtement, il ne te reste que 10 % de chaque euro économisé sur la facture. À 60 %, il t’en reste 40. La TVA réduite gagne toujours, beaucoup moins largement que sa ligne sur le devis ne le laisse croire.
En rénovation d’ampleur, les CEE sortent du cumul
Voilà la règle sur laquelle je me suis trompé. Dans le parcours accompagné, celui qui vise un gain d’au moins deux classes au diagnostic, MaPrimeRénov’ n’est pas cumulable avec les aides des fournisseurs d’énergie. Les aides des collectivités et des caisses de retraite, elles, restent cumulables.
L’écrêtement change de taux au passage : le total des aides est plafonné à 100 % du montant TTC des travaux pour les revenus très modestes, 90 % pour les modestes, 80 % pour les intermédiaires et 50 % pour les revenus supérieurs. Ces taux paraissent plus doux que ceux du parcours par geste. Ils s’appliquent à un chantier dont le plafond de dépense éligible est de 30 000 euros hors taxes pour un gain de deux classes, 40 000 pour un gain de trois classes ou plus, et le reste du devis n’est couvert par rien.
Le compteur des 20 000 euros de primes par logement sur cinq ans, posé à l’article 3 du décret du 14 janvier 2020, ne concerne que MaPrimeRénov’. Aucun tableau ne le précise. Les certificats d’économies d’énergie, eux, n’ont pas de compteur pluriannuel : un propriétaire qui a vidé son enveloppe peut encore aller chercher une prime CEE sur son geste suivant.
Ce que le barème ne dit pas de ton dossier
Un barème donne des plafonds, pas des montants. Deux inconnues restent entières une fois la dernière ligne lue. La prime CEE d’abord, qui n’est écrite dans aucun arrêté et dont le prix se forme sur un marché de certificats. Les aides locales ensuite, qu’aucun tableau national ne recense et qui changent d’un canton à l’autre.
Trois situations échappent aussi à tout ce qui précède. Une société civile immobilière ne touche pas MaPrimeRénov’, réservée aux personnes physiques titulaires d’un droit réel sur le logement : il lui reste la prime CEE et la TVA à taux réduit, sans le moindre écrêtement puisqu’il n’y a plus de prime d’État à raboter. Un propriétaire bailleur dépose sur trois logements au maximum, chacun avec son plafond de 20 000 euros sur cinq ans, en plus de sa résidence principale. Et en copropriété, l’aide collective se cumule avec les travaux votés en parties privatives, mais pas avec les certificats d’économies d’énergie quand l’immeuble est classé fragile ou en difficulté.
Toutes ces aides se déclarent à l’Anah, et c’est là que tombent les dossiers. Une prime encaissée sans l’avoir annoncée ressort au moment de la liquidation, et c’est le versement entier qui attend.