Un voisin m’a mis son devis d’isolation par l’extérieur sous le nez à la mi-janvier. Je lui ai répondu 75 €/m², de mémoire, comme je le répétais depuis quatre ans. Il est revenu trois semaines plus tard avec un refus dans les mains. Le forfait murs avait été rayé du barème le 1er janvier 2026, et je ne l’avais pas vu passer.
Il reste trois lignes d’isolation dans MaPrimeRénov’ par geste. Deux se comptent au mètre carré : les rampants de toiture et plafonds de combles, à 15, 20 ou 25 € selon tes revenus, et les toitures-terrasses, à 40, 60 ou 75 €. La troisième, ce sont les fenêtres, payées à l’équipement. Tout le reste est sorti du parcours ou n’y a jamais eu de ligne.
Le montant MaPrimeRénov’ isolation, poste par poste
| Poste | Très modestes | Modestes | Intermédiaires | Supérieures | Plafond de dépense retenue |
|---|---|---|---|---|---|
| Rampants de toiture et plafonds de combles | 25 €/m² | 20 €/m² | 15 €/m² | rien | 75 €/m² |
| Toitures-terrasses | 75 €/m² | 60 €/m² | 40 €/m² | rien | 180 €/m² |
| Fenêtres et portes-fenêtres remplaçant un simple vitrage | 100 € | 80 € | 40 € | rien | 1 000 € |
Sur la ligne des fenêtres, les montants s’entendent par équipement, c’est-à-dire une menuiserie et les vitrages qui vont avec.
Les montants viennent de l’annexe 2 de l’arrêté du 14 janvier 2020 relatif à la prime de transition énergétique, dans sa version applicable aux demandes déposées depuis le 1er janvier 2026, et les caractéristiques techniques de l’arrêté du 17 novembre 2020.
Quatre colonnes de revenus existent dans le texte, et la quatrième porte une croix sur toutes les lignes d’isolation. Un ménage aux ressources supérieures ne touche rien par geste, quel que soit le poste. Il lui reste le parcours d’ampleur, qui fonctionne autrement, et les certificats d’économies d’énergie. La couleur qui te classe se lit sur ton revenu fiscal de référence de 2025 et sur le nombre de personnes du foyer.
Le barème ne connaît que « les rampants de toiture et plafonds de combles ». Le plancher d’un comble perdu, celui qu’on couvre au soufflage depuis la trappe, n’a pas de ligne à lui : il relève des autres aides, avec ses propres exigences. C’est la confusion que je vois le plus souvent, parce que tout le monde dit « isoler les combles » sans préciser lequel.
Le plafond de dépense retenue est le chiffre qui décide à ta place
Deux nombres commandent chaque ligne du barème, et le forfait est le moins sévère des deux. L’autre se lit dans la dernière colonne du tableau de l’annexe : le plafond de dépense éligible, exprimé en euros TTC. Il fixe la part de ton devis que l’administration accepte de regarder. Au-delà, ce que tu paies n’existe pas pour elle.
Pour des rampants, ce plafond vaut 75 €/m². Pour une toiture-terrasse, 180 €/m². Pour une fenêtre, 1 000 € par équipement.
Prends 60 m² de rampants sous un devis de 9 600 € TTC, chez un ménage modeste. Le forfait donne 20 × 60, soit 1 200 €. La dépense retenue s’arrête à 75 × 60, soit 4 500 €, alors que la facture en annonce plus du double. Et un troisième verrou tombe derrière : le cumul de MaPrimeRénov’ et des CEE ne peut pas dépasser 75 % de cette dépense retenue pour un ménage modeste, 90 % pour un ménage très modeste, 60 % pour un ménage intermédiaire. Soit 3 375 € ici. La prime en occupe 1 200, il reste donc 2 175 € de marge avant que l’écrêtement ne rabote la prime CEE.
Ce calcul se refait à chaque devis, et c’est lui qui explique les versements amputés qu’on m’apporte en juin.
Ce que l’isolation des murs valait, et ce qui l’a rayée du barème
Les forfaits d’isolation des murs sont sortis du barème pour les demandes déposées à partir du 1er janvier 2026. La suppression venait de l’arrêté du 8 septembre 2025, abrogé depuis parce qu’il lui manquait le contreseing du ministre chargé de l’outre-mer, puis repris mot pour mot par l’arrêté du 12 juin 2026. Deux lignes ont disparu d’un coup. Par l’extérieur : 40, 60 ou 75 €/m², sous un plafond de dépense retenue de 150 €/m² et une surface arrêtée à 100 m². Par l’intérieur : 15, 20 ou 25 €/m², plafond de 70 €/m².
Un chantier d’ITE sur une maison de plain-pied, mettons 90 m² de façade chez un ménage modeste, rapportait 5 400 € au titre de la prime. Il rapporte zéro aujourd’hui dans le parcours par geste.
Ce qui reste. Le parcours d’ampleur finance toujours l’isolation des murs, à condition d’y associer un second poste d’enveloppe et de viser deux classes de gain sur l’étiquette, accompagnement compris. Et la prime CEE, elle, n’a pas bougé : la fiche murs vit indépendamment du barème de l’Anah, et elle se demande à un fournisseur d’énergie, pas à l’administration.
Le R exigé change selon le parcours, pour la même toiture
C’est le motif de rejet le plus bête, et je l’ai annoncé des dizaines de fois au téléphone. L’isolant posé est correct, l’artisan est qualifié, le dossier tombe quand même parce que la résistance thermique inscrite sur la facture est en dessous du seuil de quelques dixièmes.
| Paroi isolée | R exigé par geste | R exigé en rénovation d’ampleur |
|---|---|---|
| Rampants de toiture, plafonds de combles | 6 | 6 |
| Toiture-terrasse | 4,5 | 6,5 |
| Plancher de combles perdus | aucun forfait | 7 |
| Murs par l’intérieur | plus de forfait | 3,7 |
| Murs par l’extérieur | plus de forfait | 4,4 |
| Plancher bas | aucun forfait | 3 |
Les résistances thermiques sont en m².K/W.
Regarde la ligne toiture-terrasse. Elle demande 4,5 m².K/W dans le parcours par geste et 6,5 dans une rénovation d’ampleur. Même toiture, même isolant, deux seuils. Le devis qui passait dans un cas se fait refuser dans l’autre, et personne ne prévient l’artisan, qui travaille avec le seuil qu’il a en tête.
La règle que je donne à mes voisins : la résistance thermique doit figurer sur le devis avant signature, en toutes lettres, avec la surface en mètres carrés. Une facture qui annonce seulement une épaisseur en millimètres et une marque oblige l’instructeur à aller chercher la fiche produit, et il ne la cherche pas toujours.
La prime CEE se compte en kWh cumac, et le prix vient du fournisseur
Deuxième source de financement, indépendante de l’Anah. Les fiches d’opérations standardisées annexées à l’arrêté du 22 décembre 2014 fixent un volume d’économies d’énergie par mètre carré isolé, selon la zone climatique de ta commune. Ce volume est le même pour tout le monde, sans condition de revenus.
| Fiche | Ce qu’elle couvre | H1 | H2 | H3 | R minimum |
|---|---|---|---|---|---|
| BAR-EN-101 | combles perdus et rampants de toiture | 1 700 | 1 400 | 920 | 7 en comble perdu, 6 en rampant |
| BAR-EN-102 | murs en façade ou en pignon | 1 600 | 1 300 | 880 | 3,7 |
| BAR-EN-103 | plancher bas sur sous-sol, vide sanitaire ou passage ouvert | 1 100 | 890 | 590 | 3 |
Les volumes sont en kWh cumac par mètre carré isolé, H1 couvrant le nord et l’est, H3 le pourtour méditerranéen.
Le prix, lui, n’est écrit nulle part. Le fournisseur d’énergie chez qui tu déposes ta demande achète ces kWh cumac au tarif qu’il décide, et deux fournisseurs ne rachètent pas le même chantier au même tarif. C’est la seule partie du financement où tu as la main.
Les trois fiches portent la même date de fin : elles sont abrogées au 1er mai 2027. Ce qui les remplacera n’est pas écrit.
Ce que ce barème ne dit pas
Il ne dit pas ce que tu paieras. Un forfait de 1 200 € sur un devis de 9 600 € laisse 8 400 € à financer avant même la prime CEE, et aucune des colonnes ne parle du reste à charge réel.
Le classement des postes ne suit pas l’utilité des travaux. Chez un ménage très modeste, une toiture-terrasse est payée 75 €/m² et des rampants 25 €/m², ce qui ne dit rien des déperditions de ta maison : c’est un arbitrage budgétaire, réécrit chaque fin d’année par arrêté.
Ces montants ne valent que pour les demandes déposées depuis le 1er janvier 2026. Un dossier déposé en décembre 2025 reste instruit au barème de 2025, forfait murs compris. C’est la date de dépôt qui fige tout, pas la date des travaux ni celle de la facture.
Restent les absents. Planchers bas, planchers de combles perdus, portes d’entrée : ces postes se financent, mais pas ici.